« Des îles meurent de ne jamais percer la surface de ton regard.
Serait-ce des montagnes au loin que tu sirotes? Ton avenir, cette baignoire pleine de crevasses et d’herbe jaunie?
Tu appartiens au temps. À son irréductible filet. Mais tu portes en toi tous les espoirs d’un univers porté disparu. Tandis que souffle dans tes veines le vent de toutes les disparitions. À commencer par le sourire des étoiles.
Tu es venu pour cela, ici, sur terre. Pour ne pas savoir ce qu’il faudrait. Ton nom tel un désastre imminent, si mal assuré dans la diction.
Et la poussière qui te fait une belle épaisseur ontologique à l’être. Blessure profonde dans une noix de beurre.
Il y a ta vie entre la rue et maintenant. Tu n’en finis plus de ne pas la prendre. Et les pensées font le ménage dans la berceuse que tissent les heures tournées vers rien. Ici, sur terre. Sur quelques pieds carrés de solitude.
N’importe quel prétexte suffit pour se déplacer. Et tu marches beaucoup. Tu vis beaucoup. Dans si peu d’espace. Comète folle dans son dé à coudre. » Extrait de Personne n’existe de Guy Perreault, 1999.
Cet auteur québécois, qui gagnerait à être davantage connu, nous dresse un portrait noir mais si réaliste de la condition humaine. Tableau sombre, et pourtant teinté d’une profonde douceur mélancolique. On sent derrière ces mots durs un profond attachement de l’auteur au genre humain. Presqu’admiratif de cet être qui court à bras ouverts vers sa propre perte. C’est si justement, presque avec un amour empreint de tristesse que l’auteur se place auprès des étoiles et nous contemple, infimes particules en quête de sens, grains de poussière lactée se livrant l’éternel combat de la vie pour quelques millimètres de rêve. Tels des papillons qui se débattent au fond d’un bocal, désorientés et s’asphyxiant de vouloir trop respirer.
Il y a ta vie entre la rue et maintenant. Tu n’en finis plus de ne pas la prendre.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire