Des mots. Des couleurs. De l’émotion.

27 juin 2008

Blame...



Et bien ma première participation va concerner un manga unique dans son genre qui pour moi, transpire une intensité incroyable. Il s’agit de Blame de l’auteur Tsutomu Nihei.

Je ne dévoilerai pas ici l’histoire sur laquelle règne un mystère épais. C’est d’ailleurs sur ce dernier point que beaucoup de lecteurs ont émis la critique que l’auteur ne savait pas vraiment lui-même vers où il allait. Je dirait que cela n’a finalement que peu d’importance dans ce cas précis car Blame s’apparente plus à de la poésie graphique et atmosphérique qu’à une intrigue haletante (même si celle-ci est présente toutefois).

Au cours des 10 tomes que comporte cette série, on suit la quête mystique d’un personnage : Killy. Il est froid, violent, et peut-être immortel, à l’image du monde dans lequel il évolue à cela prêt que ce dédale infini de niveau n’atteint l’immortalité qu’au prix d’une expansion cancéreuse qui ne connaît de limite que dans l’improbable folie d’une mécanique sans âme. Nihei était architecte et son univers s’en ressent, les structures sont hallucinantes et grandioses par l’absence d’une logique humaine, l’espace et le temps forment une toile dont les fils se croisent d’une manière tout aussi chaotique. Ici le perpétuel, la mort et la vie sans psyché se confondent pour créer une alchimie aberrante.

Oui ce monde est glacial et les seules étincelles de vie rencontrées au hasard de ce dédale artificiel sont comme des bougies maladives écrasées inlassablement par le poids d’une fureur à la cause oubliée. Le héro accomplira sa mission quel qu’en soit le prix, trouver une parcelle de pureté dans la souillure biosynthétique environnante, à savoir des gènes humains purs. Au cours de son périple, il rencontrera parfois de l’aide mais le plus souvent il fera face à des simulacres de vie parfois malsains dont le seul salut se trouve dans la destruction.

C’est donc au cœur de cet univers déshumanisé que le lecteur frissonnera, perdu au sein d’un monde qui se façonne en nécrose, avec cependant l’espoir de rencontrer un rayon de pureté qui pourrait peu à peu étendre sa clarté aux différentes sphères et redonner au concept d’horreur sa dimension d’écoeurement que seule la vie peut définir.

D.V.



21 juin 2008

Fantaisies...

Chaque jour, je crée des fées. J’y mets tout mon être. Je les façonne, les habille de couleurs, un clown à la fois. Je les improvise contes de papillons. Je leur donne toute mon énergie cristallisée, espoir en fusion d’un lendemain sans chute. Parfois, elles parviennent même à s’envoler. Dernier clin d’œil du rêve avant la faille. Quand vient le soir, des confettis de solitude jonchent le sol en tableau impressionniste. Et le monde se contemple dans ce miroir vif, éclat de couleurs brisées.

16 juin 2008

Sambre

Rouge comme l’amour… noir comme la mort.
Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler de Sambre, cette bande dessinée hors du commun réalisée par Yslaire. J’ai découvert cette série en 5 volets alors que j’avais tout juste douze ans, et qu’une camarade de classe m’a prêté les premiers tomes qui appartenaient alors à sa mère. Il faut savoir qu’Yslaire a commencé cette série en 1986, et que 3-4 ans se sont écoulés entre chaque tome. La série a donc eu le temps de toucher plusieurs générations de lecteurs. On comprend vite pourquoi chaque volume nécessite tant de temps : un travail de graphisme et d’écriture époustouflant. Mais j’y reviendrai plus tard. Ce fut pour moi, pourtant si jeune, le coup de foudre pour ces pages rouges et noires, aux graphismes travaillés et troublants, aux personnages torturés mais si attachants. Le sombre et le beau réunis pour le plaisir des yeux à chaque page. Chaque image est un tableau en soi. Finement travaillé, aux couleurs sombres et contrastées, afin de dépeindre à la perfection la malédiction de cette famille du XIXe siècle. Sambre, c’est un tout, une œuvre à part dans l’univers de la bande dessinée. Une pièce de maître qui se dévore des yeux. L’amour et la mort se conjuguent au fil des pages, exerçant sur nous cette fascination ambiguë qui nous pousse à poursuivre notre lecture tout en sachant déjà qu’on n’en ressortira pas indemne. Enfin, pour moi, Sambre, c’est avant tout Julie. L’héroïne aux cheveux noirs et aux yeux rouges, celle dont la flamme n’a d’égal que la souffrance qui la ronge, celle qui représente finalement la liberté, cette liberté impure mais vraie qu’on crache à la figure du monde. Julie, coupable et victime à la fois, qu’on ne peut s’empêcher d’aimer…
J’ai choisi d’aborder le côté esthétique de Sambre plutôt que de vous décrire l’intrigue et le contenu de la série. Pour plus de détails sur l’histoire, je vous conseille de visiter ce site consacré à Sambre qui est très complet et dont le design travaillé retransmet fidèlement l’atmosphère de la série.
T1. Plus ne m’est rien… T2. Je sais que tu viendras… T3. Liberté, liberté… T4. Faut-il que nous mourions ensemble? T5. Maudit soit le fruit de ses entrailles

12 juin 2008

Crépuscule

« Il y a un temps où ce n’est plus le jour, et ce n’est pas encore la nuit. Il y a bien du bleu dans le ciel, mais c’est une couleur pour mémoire, une couleur pour mourir. On voit ce qui reste de bleu, et on n’y croit pas. La dernière lumière s’en va. Elle a fini son travail qui était d’éclairer les yeux et d’orienter les pensées, et maintenant elle s’en va. Elle glisse du ciel sur les arbres, puis des arbres sur la terre. Quand elle touche le sol, elle est toute noire et froide. On regarde. Ce n’est qu’à cette heure-là que l‘on peut commencer à regarder les choses, ou sa vie : c’est qu’il nous faut un peu d’obscur pour bien voir, étant nous-mêmes composés de clair et de sombre.» Christian Bobin, Lettres d’or, 2003.

Que dire de plus? Christian Bobin dépeint à merveille, comme il sait tant le faire, la dualité du crépuscule, cette heure sur le fil entre le jour et la nuit, qui reflète avec une si grande vérité notre essence même. Mi-lumière, mi-ombre.

8 juin 2008

La vie est "drôle"

Pour commencer, un tableau que j’aime tout particulièrement «La Drôlesse» de Man Bellec. Il y a tellement de toiles de cette artiste bretonne qui me touchent que vous risquez d’en voir de temps en temps sur ce blog. Je vous en dirai plus sur Man Bellec un peu plus tard. En attendant, vous pouvez toujours visiter sa galerie en ligne. Et puis, voici ce que ce tableau m’a inspirée. S’il vous inspire vous aussi, n’hésitez pas à partager…

La vie est drôle à sa façon. Au comble de son ironie. Parfois un brin macabre, mais pitre souvent. Elle nous torture, le sourire en coin. L’œil corbeau qui ne peut plus expier. Et ce rouge si intense que les cerises ont perdu tout leur sang. Le désespoir au creux d’un couloir douteux, la misère humaine qui s’écoule lentement le long du dos. Je suis un clown sans chapeau. Et cette pensée dérisoire me fait sourire, c’est déjà ça.